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Ce vase nous relie à l’essen-ciel. L’essence du ciel, l’eau. Et c’est l’histoire d’une goutte d’eau qui fit la mer…

Récolter un élément que l’habitude néglige, l’élever au rang d’essentiel dans un procédé de recyclage et lui rendre sa noblesse de porteur de vie, c’est la promesse du vase ABU, «père» en arabe.

C’est bien de la figure paternelle dont parle cet «objet-vase» qui prend toute son ampleur avec l’aisance des objets dont l’identité n’est plus à investiguer.

Solide figure patriarcale et transmetteur d’un héritage qui n’est préservé que s’il est maintenu vivant dans son rituel simple de quotidienneté.

Répéter le geste, l’authenticité de sa présence. Accepter le jeu de la contemplation, celle qui fait perdre son temps de son plein gré, comme on dépense sans compter…dans cet objet dont l’audace est d’être indispensable comme l’est la poésie à nos sociétés.

Un espace se crée autour de lui, naturellement. Il n’est vase que s’ il trône. Il reçoit, collecte, magnifie et recycle un élément que l’on a trop vite fait de sous-estimer ou jeter.

L’objet retourne à son essentiel en allant de son initiative à la rencontre avec la nature. Les matériaux nobles d’humanité sont sélectionnés et façonnés par des corps d’artisanat et d’un grand savoir faire. Le travail du verre, pour la partie principale, la structure même de l’objet, devenu paysage, exprimé avec le caractère abstrait d’un Turner décadent.

L’art de la céramique, émaillée, qui en fait un objet tactile autant que visuel, choisi pour incarner le réceptacle qui accueille divers parapluies et en recueille en la redirigeant, l’eau collectées à la surface du parapluie.

Ici, «la goutte de pluie ne fait pas déborder le vase», elle lui donne sa dimension vivante, un objet avec qui le dialogue est responsable et protecteur. Les pièces sont uniques après avoir été d’abord aléatoires. Chacune à son identité. L’esthétique de l’ensemble s’accorde sur l’histoire tissée. Celle d’un objet qui transcende une approche du design comme faisant écho à la recherche de la pureté poétique fonctionnelle à travers un geste nouveau qui est créé. Un geste de réunification autour de la cellule familiale.

Une nature, y est choisie pour être conservée à l’intérieur, est essentialisé plus qu’évoquée dans ce temple dédié à la mémoire… Kinestesie de toutes les vies antérieures réunies dans une goutte d’eau.

Parce qu’il est important de revenir à l’essentiel, au commencement, à l’archétype.